Le samedi 28 septembre 2024, à l’occasion de sa réunion ordinaire, le Cadre restreint de Générations et Peuples Solidaires (GPS) a procédé à une analyse de l’actualité socio-politique internationale et nationale. Un intérêt particulier a été porté aux points ci-après.

De la paix dans le monde

Depuis plusieurs semaines, le monde est témoin d’une escalade de violence au Moyen-Orient, où les populations civiles, prises au piège de conflits qui ne sont pas les leurs, subissent des pertes incommensurables. Ce sont des hommes, des femmes, des enfants, des familles entières qui voient leur vie brisée par des bombardements incessants et une violence aveugle.

GPS exprime avec force son indignation face à ce bain de sang et condamne fermement les attaques ciblant des civils, violant ainsi les droits fondamentaux inscrits dans les conventions internationales. Ce drame dépasse la simple crise régionale. Il s’agit d’un enjeu mondial qui doit interpeller la conscience de toutes les nations. L’impuissance de la communauté internationale à protéger ces vies humaines est un échec moral et politique que GPS refuse de cautionner par le silence.

GPS appelle de manière urgente à une cessation immédiate des hostilités et condamne fermement l’usage de la force armée comme solution aux conflits. L’histoire nous enseigne que la violence ne mène qu’à plus de violence ; le seul chemin viable vers la paix est celui du dialogue, de la diplomatie et de la coopération internationale.

Face à cette crise, l’Organisation des Nations Unies (ONU), censée incarner la diplomatie et le maintien de la paix, montre une incapacité alarmante à résoudre ces conflits. La paralysie diplomatique de l’ONU, due aux divisions internes et à la rivalité des grandes puissances, met en lumière la nécessité d’une réforme profonde de ses mécanismes de décision.

GPS appelle à une refonte de la gouvernance internationale, afin que l’ONU puisse redevenir un outil efficace pour la paix et la sécurité internationale.

Il est essentiel que les négociations intègrent non seulement les gouvernements, mais aussi les représentants de la société civile, des ONG et des leaders communautaires, pour que la paix qui en découlera soit inclusive et respectueuse des droits de toutes les populations concernées. La communauté internationale doit également imposer des mesures strictes pour le respect du droit international humanitaire et sanctionner ceux qui violent ces règles. L'impunité ne doit plus être tolérée dans ces conflits, où la vie humaine est sacrifiée, pour des intérêts politiques ou économiques.

De la sécurité dans la sous-région ouest-africaine

La semaine dernière, lors d'une déclaration officielle diffusée sur la télévision nationale du Burkina Faso, le ministre burkinabè de la Sécurité, le commissaire divisionnaire de Police, Mahamadou Sana, a accusé la Côte d'Ivoire de participer activement à une opération de déstabilisation des institutions de son pays. Il a affirmé qu'un réseau de subversion, composé d'anciens militaires et de civils burkinabè, agissant en collaboration avec des individus de nationalité ivoirienne et opérant depuis la Côte d'Ivoire, menaçait la souveraineté nationale du Burkina Faso. Ces acteurs, soutenus par certains services de renseignement occidentaux, seraient impliqués dans des actions de propagande et de déstabilisation, visant à renverser les institutions burkinabè à travers des attaques coordonnées contre des cibles civiles et militaires.

Malgré la gravité de ces accusations récurrentes, le gouvernement ivoirien n’a jamais apporté de démenti formel. Cette absence de réponse claire, couplée aux rumeurs persistantes sur l’implication de M. Ouattara dans des complots régionaux, notamment au Gabon, au Mali, au Niger, au Togo et en Guinée-Bissau, renforce les soupçons et nourrit toutes les inquiétudes. À cela s'ajoute le refus du gouvernement ivoirien d'engager un dialogue direct avec les autorités burkinabè, un geste qui aurait permis d’apaiser les tensions, comme l’aurait fait feu Félix Houphouët-Boigny. Cette salve d'accusations visant le régime ivoirien soulève une question cruciale : s'agit-il d'une campagne internationale contre la Côte d’Ivoire ou ces accusations réitérées révèlent-elles une part de vérité ?

En conséquence, GPS demande au gouvernement ivoirien de clarifier sa position et d’engager un dialogue direct avec les autorités burkinabè pour désamorcer les tensions. Les deux nations, unies par des liens historiques, doivent restaurer la paix et la confiance.

GPS appelle également les peuples ivoirien et burkinabè, au-delà des querelles gouvernementales conjoncturelles, à continuer de cultiver la paix et la fraternité. Les liens séculaires entre les deux nations ne doivent pas être affectés par des disputes entre leurs dirigeants. La solidarité entre les peuples doit primer pour garantir la paix durable.

De la révision de la liste électorale prévue du 19 octobre au 10 novembre 2024

Relativement à la révision de la liste électorale, le 5 septembre 2024, par le décret n°2024-792, le gouvernement ivoirien a fixé la période et défini les modalités de révision de la liste électorale. Selon l'alinéa 3 de l'article 10 de ce décret, la période de révision s'étend du 19 octobre au 10 novembre 2024.

Ce décret a de facto abrogé l'arrêté n°116/CEI/PDT du 11 septembre 2024, qui avait fixé la révision de la liste électorale du 30 septembre au 31 octobre 2024. Suite à la publication du décret présidentiel, le président de la Commission Électorale Indépendante (CEI), M. Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, a pris une série d’arrêtés s’alignant sur les directives du gouvernement. Il s'agit notamment de l'arrêté n°120/CEI/PDT du 27 septembre 2024 portant ouverture des sessions des Commissions Électorales Locales (CEL) pour la préparation et l'organisation de la révision de la liste électorale en 2024-2025, ainsi que de l'arrêté n°121/CEI/PDT du 27 septembre 2024, concernant les Commissions Électorales des Représentations Diplomatiques (CERD).

GPS s’étonne que ce décret, bien qu'il ait été signé le 5 septembre 2024, n'ait été rendu public que le 27 septembre, après une intervention controversée du Président de la CEI sur la chaine de télévision française France 24. Plus inquiétant encore, la période de révision de la liste électorale est fixée du 19 octobre au 10 novembre 2024, soit seulement 22 jours pour une opération qui concerne plus de 8 millions d’électeurs. Lors de la dernière révision, le collège électoral comptait 8 016 796 électeurs. En 22 jours, il sera nécessaire d'inscrire environ 2 millions de nouveaux majeurs, d’actualiser les données personnelles des électeurs (radiation des personnes décédées, suppression des doublons, radiation des personnes indûment inscrites ou condamnées), ainsi que de traiter les demandes de changement de lieu de vote, ce qui constitue une tâche titanesque, voire irréalisable.

L'opposition, dans un esprit constructif, a proposé que la révision de la liste électorale se poursuive jusqu’à trois mois avant l’élection présidentielle d’octobre 2025, c’est-à-dire jusqu’à la fin du mois de juillet 2025. Elle a également appelé à un dialogue avec le gouvernement pour engager des réformes profondes du système électoral, afin de garantir une compétition ouverte, démocratique, transparente et inclusive en 2025. Cependant, la réponse du gouvernement a été d’écourter la période initialement prévue pour la révision de la liste électorale.

Pour GPS, cela traduit un mépris total envers l'opposition et toutes ses composantes ; mépris également en vers le Peuple ivoirien. Ce mépris, associé à une gestion autoritaire et cavalière du processus électoral, suscite des doutes sur la transparence et la crédibilité des élections à venir. Il fait craindre une volonté d’organiser des élections truquées, avec un collège électoral opaque et une procédure contrôlée par une CEI qui apparaît désormais comme un simple démembrement de l'Exécutif. Cela ne favorise pas un climat politique apaisé, malgré les appels répétés de l'opposition à un dialogue inclusif.

GPS demande un audit indépendant de la liste électorale, d'autant plus que, selon les propres aveux du président de la CEI, lors de la révision de 2013, une « fraude massive » avait été constatée.

GPS exige que la période de révision de la liste électorale soit étendue à trois mois au minimum afin de permettre une inscription complète des nouveaux électeurs, la mise à jour des informations des électeurs existants et le traitement des radiations. Cette extension garantirait une meilleure couverture du territoire et une participation plus inclusive.

GPS réclame la participation active des partis politiques et de la société civile dans le processus de révision de la liste électorale à travers la création de commissions mixtes. Ces commissions, présentes dans chaque localité, auront pour mission de superviser l’enregistrement des électeurs, les corrections et les radiations, afin de garantir la transparence et l’impartialité du processus.

GPS réitère son appel à un dialogue inclusif et à une concertation approfondie avec le gouvernement sur la question cruciale de l’élection présidentielle de 2025. Il est indispensable de mettre en place des réformes électorales consensuelles pour garantir une compétition démocratique, transparente et équitable, permettant ainsi de préserver la stabilité du pays et la paix sociale en 2025.

GPS appelle à ce que la Côte d'Ivoire se dote d’un organe électoral véritablement indépendant, capable de gérer les élections de manière impartiale et transparente. La Commission Électorale Indépendante (CEI) actuelle a perdu toute crédibilité, ayant renoncé à son statut d’institution indépendante tel que prévu par la Constitution. Subordonnée au budget de l’État, la CEI est désormais instrumentalisée par le pouvoir du RHDP, ce qui compromet gravement son impartialité et son efficacité.

De la précarité de l’économie ivoirienne

Alors que le régime du RHDP fanfaronne quotidiennement sur son bilan économique, la réalité vécue par les Ivoiriens est bien différente. Les chiffres impressionnants ne garantissent pas le bien-être quotidien de la population. Les réalités économiques du pays sont accablantes : la Côte d'Ivoire se trouve aujourd'hui dans une situation précaire, marquée par une mauvaise gestion financière et une dépendance croissante aux emprunts extérieurs. Ce constat alarmant est partagé par des institutions financières internationales, que le gouvernement prétend pourtant maîtriser.

✓ Une croissance captieuse masquant une crise imminente

Le Fonds Monétaire International (FMI), dans son Rapport de Consultation de 2024, a révélé les graves lacunes de la gestion économique du gouvernement Ouattara. Selon le FMI, la soutenabilité de la dette ivoirienne devient de plus en plus fragile, avec un risque modéré de surendettement. Le rapport met en garde contre l’incapacité du pays à faire face à de futurs chocs économiques, qu’il s’agisse de fluctuations des marchés mondiaux ou des impacts de crises internationales telles que la guerre en Ukraine. La dette publique suit une trajectoire insoutenable à long terme, compromettant la capacité de la Côte d’Ivoire à absorber ces chocs économiques. Le FMI critique également la faiblesse de la mobilisation des ressources internes, notant que les recettes fiscales ne représentent que 16,2% du PIB en 2023, un niveau bien inférieur au seuil de 20% recommandé par l’UEMOA. Cette situation expose le pays à des vulnérabilités majeures.

Le FMI appelle à des réformes fiscales urgentes pour renforcer l’administration et réduire les exonérations fiscales injustifiées. Il est clair que le gouvernement se contente de manipuler des indicateurs économiques de façade pour donner l’illusion d’un progrès, tout en ignorant les dangers économiques à venir.

✓ Une gestion opaque et un manque de transparence financière

Le FMI a également relevé l’opacité dans la gestion des finances publiques, en particulier dans l’attribution des marchés publics, où des soupçons de corruption continuent de peser. Les marchés passés en gré à gré, bien que permis sous certaines conditions, échappent souvent aux règles, notamment lorsque des acteurs politiques proches du pouvoir sont impliqués. Cette gestion opaque compromet la capacité du pays à attirer des investissements étrangers durables et nuit à ses perspectives de développement à long terme.

✓ Un endettement croissant

L’endettement du pays, qui dépasse désormais 55% du PIB, continue de croître à un rythme inquiétant. Le gouvernement persiste à qualifier ce niveau d’endettement de "modéré", mais la situation devient de plus en plus préoccupante dans un contexte international où les taux d’intérêt sont en hausse. En seulement trois ans, la dette publique a presque doublé en pourcentage du PIB. Le poids du service de la dette ne cesse d'augmenter, absorbant désormais plus de 15% des recettes de l’État, contre moins de 11% en 2019. Environ 61% de cette dette est externe, exposant ainsi la Côte d’Ivoire à des risques accrus liés aux fluctuations des taux de change et des marchés mondiaux.

Il est également préoccupant de constater que certaines de ces dettes sont utilisées pour financer des infrastructures dont l’utilité immédiate n’est pas toujours avérée, voire pour compenser les déficits du budget de fonctionnement. Cela met en évidence une gestion budgétaire irresponsable, qui met en péril les générations futures.

✓ Une croissance qui ne profite qu'à une élite privilégiée

La Banque Mondiale, dans son Rapport sur les Perspectives Économiques Mondiales de 2022, corrobore cette analyse pessimiste. Bien que la Côte d’Ivoire affiche des taux de croissance positifs, cette croissance est inégalement répartie et ne profite qu'à une minorité proche du pouvoir. Le rapport note que les fruits de cette croissance sont accaparés par une élite économique et politique, tandis que la majorité de la population, en particulier dans les zones rurales, demeure dans la pauvreté. Le taux de pauvreté reste élevé, avoisinant 35%, notamment parmi les agriculteurs, comme les producteurs de cacao et de noix de cajou, qui peinent à obtenir des prix satisfaisants pour leurs récoltes.

En dépit des investissements publics massifs à Abidjan, la capitale, la pauvreté urbaine ne cesse de croître. Les déguerpissements massifs, souvent brutaux, aggravent la situation des populations à faible revenu, qui perdent non seulement leurs habitations mais aussi leurs moyens de subsistance. Cette politique d’embellissement de la capitale, qui se concentre sur des projets de prestige, semble davantage motivée par des objectifs de communication à destination de la communauté internationale que par un réel souci du bien-être des populations.

Sur la question de l’emploi des jeunes, le bilan du gouvernement reste très limité. Bien que des ministères et des programmes aient été créés pour y répondre, les résultats sont décevants. Environ 36,1% des jeunes de 16 à 24 ans ne sont ni en formation ni en emploi, et le chômage persiste malgré les annonces médiatiques sur des programmes d’insertion professionnelle. Pire, les fonds alloués aux jeunes bénéficiaires de prêts sociaux sont remboursés à un taux d’intérêt élévé pour une jeunesse que l’on prétend sortir de la pauvreté.

✓ La non-diversification de l’économie : une faille béante

La dépendance de la Côte d’Ivoire aux matières premières, notamment le cacao, reste une faille béante de son économie. La diversification économique, pourtant essentielle pour assurer une stabilité à long terme, n’a pas été sérieusement entreprise. La Banque Mondiale souligne l’urgence de diversifier les piliers économiques du pays afin de réduire sa vulnérabilité aux chocs externes, mais le gouvernement continue de négliger cette recommandation. Le modèle économique actuel repose sur des mesures à court terme, qui permettent au régime de présenter des projets rapides à visée propagandiste, mais qui ne contribuent pas à une transformation en profondeur de l’économie.

Générations et Peuples Solidaires (GPS) exhorte le gouvernement à prendre conscience de l’ampleur de la crise qui se profile et à mettre en œuvre des réformes structurelles immédiates. GPS appelle également à une diversification urgente de l’économie pour que la Côte d’Ivoire soit moins dépendante des fluctuations des prix des matières premières et plus résiliente face aux crises internationales.

GPS exprime ses profondes inquiétudes quant à la détérioration des fondamentaux économiques et sociaux de la Côte d'Ivoire et appelle les citoyens à exiger plus de transparence et de responsabilité de la part de leurs dirigeants. Le pays possède des ressources considérables, mais celles-ci doivent être gérées de manière équitable et transparente pour assurer un avenir prospère à tous les Ivoiriens, et non à une poignée de privilégiés.

Fait le 02 octobre 2024.

Le Cadre restreint de Générations et Peuples Solidaires (GPS)