Le cinéma, la musique, la mode, les arts du spectacle et le patrimoine ne sont pas de simples divertissements. Ils font vivre des milliers de personnes, créent des emplois, attirent les visiteurs et contribuent au rayonnement d’un pays. Pour la jeunesse africaine, la culture représente aussi une possibilité de travailler, d’entreprendre et de vivre de son talent. Dans un continent où la majorité de la population a moins de vingt-cinq ans, ce constat n'est pas anecdotique : il est stratégique.
Un film, par exemple, ne fait pas vivre uniquement ses acteurs. Il mobilise des scénaristes, des techniciens, des musiciens et des producteurs. Un festival profite aussi aux hôtels, aux restaurants et aux artisans. Quant au patrimoine, il attire des visiteurs qui découvrent un pays à travers son histoire et ses traditions.
Mais la culture touche à quelque chose de plus profond. Elle raconte ce que nous sommes. Lorsqu’un peuple ne raconte pas lui-même son histoire, il prend le risque de la voir racontée par d’autres, parfois au prix de déformations. Produire nos propres films, nos propres récits et notre propre musique, c’est aussi affirmer notre place dans le monde.
L’Afrique en offre de belles illustrations. Le Burkina Faso a fait du cinéma une véritable signature diplomatique internationale grâce au FESPACO, qui attire à Ouagadougou des professionnels venus d’Afrique et d’ailleurs. Le Nigeria, avec Nollywood, a développé une industrie cinématographique qui emploie des centaines de milliers de personnes, diffuse ses films bien au-delà de ses frontières et fait connaître les cultures Yoruba, Igbo et Haoussa. L’Afrique du Sud, le Ghana et Rwanda ont également développé des activités cinématographiques qui contribuent à leur rayonnement.
Ces réussites ne sont pas tombées du ciel. Elles ont demandé de l’initiative, de la persévérance et une vision capable de donner aux talents les moyens de s’exprimer. Le talent existe partout. Encore faut-il lui ouvrir des portes et créer les conditions pour qu’il puisse grandir.
C’est dans cet esprit que Guillaume Soro accorde à la culture une place prioritaire dans son projet de société. La considérer comme l’âme d’un pays, c’est reconnaître qu’elle est à la fois le fondement de son identité et un levier de développement que la Côte d’Ivoire doit mieux exploiter.
Son parcours en témoigne. À Ferkessédougou, il a créé un festival devenu le Festival du Tchologo, pour faire connaître l’histoire, les traditions et les artistes de la région. Il a également favorisé la création de plusieurs Centres Culturels dont certains portent encore son nom, organisé des concours pour détecter des talents littéraires, organisé un concours national de photographie, et organisé au Musée de la Culture et des Civilisations d’Abidjan, une exposition photographique consacrée à la crise et à la réconciliation. Lors des rentrées parlementaires, il faisait découvrir à ses invités internationaux différentes expressions de la culture ivoirienne, des chants et danses traditionnels aux masques sacrés et à la musique urbaine.
Dans son programme de gouvernement, cette attention à la culture se traduit par la volonté de soutenir les industries créatives, de structurer les filières du cinéma, de la musique et de l’édition, de valoriser le patrimoine et de permettre aux jeunes de transformer leur créativité en activités professionnelles. Un pays ne doit pas seulement faire connaître son café et son cacao. Il peut aussi faire connaître ses artistes, ses histoires et sa vision du monde.
Le Prix Mériquité du jeune documentaire s’inscrit dans cette continuité. En donnant aux jeunes l’occasion de réaliser un film, il leur permet de faire connaître leur talent, de travailler sur notre mémoire et de raconter l’histoire avec leur propre regard. Certains n’ont ni matériel professionnel ni réseau pour se lancer. Ils ont pourtant des idées et des choses à raconter.
Moussa TOURE
