Par Jean-Pierre DOUBAHI
Deux cadres arrêtés et emprisonnés en moins d'une semaine
La trêve n'aura pas duré longtemps entre le Pouvoir RHDP (Rassemblement des Houphouetistes pour la Démocratie et la Paix et Générations et Peuples Solidaires (GPS). En effet en moins d'une semaine, ce sont deux cadres du mouvement citoyen présidé par Guillaume SORO qui sont passés à la trappe du pouvoir d'Abidjan.
D'abord ce fut El Hadj Mamadou TRAORÉ, écrivain, membre de la Commission d'Orientation et de Coordination (COC) et de la Commission Formation et Livres (CFL) de GPS qui fut convoqué à la préfecture de police pour être entendu sur une publication ironique relative au défilé militaire de la célébration de la fête nationale, il fut très vite placé sous mandat de dépôt le 9 août au Pôle Pénitentiaire d'Abidjan (PPA). Le 16 août, il fut condamné à deux ans de prison ferme pour diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux et trouble à l’ordre public.
Le 13 août, ce fut au tour de Kando SOUMAHORO, ancien député de Biankouma, membre de la Commission d'Orientation et de Coordination (COC) de GPS et Coordinateur régional de Biankouma et Sipilou d'être convoqué à la Préfecture de police pour avoir représenté GPS à une réunion du groupement de partis de l’opposition et d'organisations de la société civile, le 9 août 2024 au siège du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) à Cocody. À cette occasion, il avait signé au nom de GPS, la déclaration appelant à des élections transparentes et inclusives en 2025. Jugé le 21 août pour reconstitution de mouvement dissous et trouble à l'ordre public, il a été condamné à 3 ans de prison dont 2 fermes et un avec sursis.
Les vraies raisons du regain de représailles.
Qu'on ne s'y méprenne. Comme constaté dès après la rupture de Guillaume SORO avec le RHDP, ce regain de représailles s'explique par le refus de l'ex Premier ministre et ex-Président de l'Assemblée nationale de rejoindre les rangs du pouvoir après les coups de fil dit de la décrispation entre lui et le Président OUATTARA.
Pourtant à la faveur de ces appels, l'opposant a exprimé son regret et présenté au Président ses excuses pour d'éventuels torts qu'il lui aurait causés. Visiblement, cela ne suffit pas aux yeux du pouvoir. Ce qu'il aurait fallu, c'est une reddition humiliante par la renonciation à toute ambition politique du Président de GPS. Ce qui relève à l'état actuel des choses, d'une utopie.
L'instrumentalisation de la justice
La condamnation de Kando SOUMAHORO vient une fois de plus mettre à nu une plaie incurable de la justice ivoirienne : l'instrumentalisation par le politique. Car au strict plan du Droit, GPS qui fut condamné en procès criminel, a la latitude juridique d'exercer eu égard au pourvoi en cassation introduit par son conseil et qui a un effet suspensif sur la décision de justice, ce jusqu'à décision finale de la Cour de cassation. En effet, l'article 605 du code de procédure pénale précise : "Pendant les délais du recours en cassation et s'il y a eu recours, jusqu'au prononcé de l'arrêt de la Cour de cassation, il est sursis à l'exécution de l'arrêt objet du recours sauf en ce qui concerne les condamnations civiles."
Les avocats de la défense auront fait prévaloir en vain cet article. La volonté politique était plus forte que le Droit.
Réactions de l'opposition politique
D'ailleurs les partis politiques de l'opposition n'ont pas manqué de souligner le caractère politique de la condamnation des deux cadres de GPS que sont M. Kando SOUMAHORO et El Hadj Mamadou TRAORÉ Aussi bien le Groupement des partis dans l'opposition et organisations de la Société civile que les partis à titre individuel, tous ont dénoncé l'instrumentalisation de la justice. À titre d'exemple, GPS le mouvement des opposants condamnés a dans un communiqué dénoncé et je cite, "cette condamnation clairement motivée par la volonté du régime de M. Alassane Ouattara de réduire au silence toute opposition structurée en subornant l’appareil judiciaire ivoirien. En effet, l’actuel régime s’est habitué à dicter à la justice les sentences à prononcer à ses opposants avant même la tenue des procès. L’exemple criant est celui de M. Guillaume Soro, condamné à la prison à perpétuité en juin 2021 suite à une déclaration sans équivoque du Président Ouattara à Paris en octobre 2020, où il annonçait le sort qu’il lui réservait comme suit : « Pour lui, ce sera la prison. il n'y a aucun doute là-dessus. il mérite la prison à perpétuité pour ce qu'il a fait ». Nul n’a dès lors été surpris lorsque la justice ivoirienne s’est automatiquement exécutée."
Ensuite, le PPA-CI de l’ex-Président Laurent GBAGBO a dans un communiqué rendu public le jeudi 22 août 2024 et signé par son Secrétaire général et porte-parole, Jean Gervais TCHÉIDÉ, dénoncé "avec force cette instrumentalisation outrancière et honteuse de la justice à des fins d'intimidation et de brimade de l'opposition politique".
L'espoir déçu d'une décrispation Ouattara-Soro
L'espoir d'une décrispation et d'une réconciliation était né du dialogue renoué par des appels téléphoniques entre le Président OUATTARA et son ex-collaborateur du RHDP et désormais opposant Guillaume SORO. Hélas, les derniers développements de l'actualité politique auront douché cet espoir. Car au lieu d'une décrispation autour des droits et libertés des parties en discorde, il est visiblement exigé de M. SORO de renoncer à ses droits et libertés par la dissolution de son mouvement politique et le deuil de sa légitime et légale ambition de briguer la magistrature suprême de son pays.
