- 𝐕𝐢𝐞𝐮𝐱 𝐩𝐞̀𝐫𝐞, 𝐚𝐫𝐫𝐞̂𝐭𝐞 𝐭𝐨𝐧 𝐝𝐨̂𝐡𝐢 !
Une de nos anciennes gloires du journalisme, que je croyais retirée des courses pour se consacrer à sa nouvelle passion — l’immolation des dieux importés — s'est apparemment découvert une vocation inattendue : l'animation des grins. Un grin, c’est l’endroit où l’on se réunit pour laisser libre cours à son imagination, à son inventivité, aux causeries débridées. Une causerie de grin, chez nous, équivaut aux ragots de comptoir en France. On y entend tout et n'importe quoi, et, le vin aidant, l’imagination se libère, s’affranchissant de toutes les normes de logique et de rationalité.
La veille de Noël, Véh Kan a animé un grin dans les colonnes du journal gouvernemental “𝘍𝘳𝘢𝘵𝘦𝘳𝘯𝘪𝘵𝘦́ 𝘔𝘢𝘵𝘪𝘯”, une causerie qui nous a bien fait rire. Il a affirmé qu’il avait un ami au Burkina Faso, qui connaissait des gens, et qui lui avait donné des tricots en coton, tout en lui murmurant qu’avec ces tricots, la Russie avait l’intention de fomenter un coup d'État en Côte d’Ivoire. Cent mille tricots en coton de bonne qualité (il tient à le préciser) seraient ainsi plus efficaces que des chars pour mener une révolution dans notre pays.
Vraiment ? La Russie, ce nouvel empire doté de missiles hypersoniques, envisagerait d’envahir la Côte d’Ivoire avec une armée... de T-shirts ! Quelle arme de guerre redoutable ! Pour réussir son coup, le grand méchant Russe voudrait s’appuyer sur un homme qui, paraît-il, était gros mais serait devenu plus fin aujourd'hui, ainsi que sur un ancien leader qui, autrefois, rêvait de partager un Français à chaque Ivoirien, et d’autres encore, qui, bien que vivant en Côte d’Ivoire, aiment aller faire les cent pas au Burkina Faso, au Mali, et ailleurs.
Son propos repose principalement sur des témoignages anonymes et invérifiables ("𝑚𝑜𝑛 𝑎𝑚𝑖 𝑑𝑢 𝐵𝑢𝑟𝑘𝑖𝑛𝑎 𝐹𝑎𝑠𝑜"), sur des spéculations gratuites ("𝐿𝑒𝑠𝑅𝑢𝑠𝑠𝑒𝑠 𝑐ℎ𝑒𝑟𝑐ℎ𝑒𝑟𝑎𝑖𝑒𝑛𝑡-𝑖𝑙𝑠 𝑎̀ 𝑠𝑢𝑠𝑐𝑖𝑡𝑒𝑟 𝑑𝑒𝑠 𝑡𝑟𝑜𝑢𝑏𝑙𝑒𝑠 ?") et sur des incohérences logiques voire des syllogismes fallacieux : "𝐿𝑎 𝑅𝑢𝑠𝑠𝑖𝑒 𝑒𝑡 𝑙𝑎 𝐶𝑜̂𝑡𝑒 𝑑’𝐼𝑣𝑜𝑖𝑟𝑒 𝑠𝑜𝑛𝑡 𝑑𝑒𝑢𝑥 𝑝𝑎𝑦𝑠 𝑎𝑚𝑖𝑠𝑞𝑢𝑖 𝑒𝑛𝑡𝑟𝑒𝑡𝑖𝑒𝑛𝑛𝑒𝑛𝑡 𝑑𝑒𝑠 𝑟𝑒𝑙𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑠 𝑑𝑖𝑝𝑙𝑜𝑚𝑎𝑡𝑖𝑞𝑢𝑒𝑠 𝑒𝑡 𝑎𝑚𝑖𝑐𝑎𝑙𝑒𝑠 𝑑𝑒𝑝𝑢𝑖𝑠 𝑡𝑟𝑒̀𝑠 𝑙𝑜𝑛𝑔𝑡𝑒𝑚𝑝𝑠." Pourtant, l’un chercherait à déstabiliser l’autre ? Alors, ils ne sont pas si amis que cela, n’est-ce pas ? On ne peut à la fois présenter un pays comme un partenaire et l’accuser implicitement de complot sans apporter de preuves solides. Toute la construction théorique de VK repose sur un tricot blanc. Il a un tricot blanc entre les mains et, subitement, cela devient une preuve d’un complot international !
Dans son extraordinaire théorie du fer à cheval, des Ivoiriens qu’il évite de nommer — et qui sont pourtant aux antipodes les uns des autres — se retrouveraient pour boire le thé avec la Russie, au Burkina Faso, au Mali, et au Niger. Lui-même avoue que son ami, qui connaît des gens, pourrait n’être qu’un menteur, et que ce que ce dernier lui a raconté pourrait n'être qu’un canular, un “𝗱𝗼̂𝗵𝗶”, comme on dit chez nous. "𝐿’𝑖𝑛𝑓𝑜𝑟𝑚𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑒 𝑚𝑜𝑛 𝑎𝑚𝑖 𝑒𝑠𝑡-𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑐𝑟𝑒́𝑑𝑖𝑏𝑙𝑒 ? 𝐸𝑠𝑡-𝑐𝑒 𝑑𝑒 𝑙’𝑖𝑛𝑡𝑜𝑥 ? 𝐽𝑒 𝑛’𝑒𝑛 𝑠𝑎𝑖𝑠 𝑟𝑖𝑒𝑛. 𝐿𝑒𝑠 𝑠𝑒𝑢𝑙𝑠 𝑒́𝑙𝑒́𝑚𝑒𝑛𝑡𝑠 𝑑𝑜𝑛𝑡 𝑗𝑒 𝑑𝑖𝑠𝑝𝑜𝑠𝑒, 𝑒𝑛 𝑑𝑒ℎ𝑜𝑟𝑠 𝑑𝑒 𝑙𝑎𝑝𝑎𝑟𝑜𝑙𝑒 𝑑𝑒 𝑚𝑜𝑛 𝑎𝑚𝑖, 𝑠𝑜𝑛𝑡 𝑙𝑒𝑠 𝑑𝑒𝑢𝑥 𝑇-𝑠ℎ𝑖𝑟𝑡𝑠 𝑞𝑢’𝑖𝑙 𝑚’𝑎 𝑙𝑎𝑖𝑠𝑠𝑒́𝑠", avance-t-il.
Sacré Véh Kan ! Il pense que son ami lui ment, mais il choisit quand même de diffuser ce mensonge dans le “grin” que le journal gouvernemental lui a ouvert. "𝑁’𝑎𝑙𝑙𝑜𝑛𝑠 𝑐𝑒𝑝𝑒𝑛𝑑𝑎𝑛𝑡 𝑝𝑎𝑠 𝑡𝑟𝑜𝑝 𝑣𝑖𝑡𝑒 𝑒𝑛 𝑏𝑒𝑠𝑜𝑔𝑛𝑒 𝑒𝑡 𝑛’𝑎𝑐𝑐𝑢𝑠𝑜𝑛𝑠 𝑝𝑎𝑠 𝑡𝑟𝑜𝑝 ℎ𝑎̂𝑡𝑖𝑣𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡", ajoute-t-il, pour tenter de se défausser sur son ami face aux démentis inévitables. Si quelqu’un a menti, ce n’est pas lui, mais son ami qui connaît des gens au Burkina Faso !
Le temps a bien changé. Autrefois, les jeunes allaient dans les grins pour écouter la voix des aînés et apprendre de leur expérience et de leurs parcours de vie. Aujourd’hui, dans les grins, les doyens sont devenus les champions du dôhi, de la parole démonétisée, du verbe sans valeur. Vieux père, arrête ton dôhi ! Les Ivoiriens sont fatigués et veulent fêter en paix, loin de tes théories fumeuses et de tes sources brumeuses.
On connaît bien ta stratégie. À l’approche de chaque élection, tu ressuscites la vieille recette : agiter le spectre de l’insurrection étrangère ou du coup d’État imminent pour que le bon peuple, effrayé, court se réfugier dans les bras du "père fouettard", qui seul pourrait le protéger des méchants étrangers menaçant de prendre notre pays et de nous réduire en esclavage. Nous connaissons cette tactique : pour mieux contrôler un peuple, il suffit de semer la peur et la confusion, afin que les citoyens cherchent refuge auprès du président en place et finissent par le réélire massivement.
Même Hermann Göring, lors de son procès à Nuremberg, avait dévoilé cette méthode utilisée par le régime nazi pour manipuler les masses : "𝑇𝑜𝑢𝑡 𝑐𝑒 𝑞𝑢𝑒 𝑣𝑜𝑢𝑠𝑎𝑣𝑒𝑧 𝑎̀ 𝑓𝑎𝑖𝑟𝑒, 𝑐’𝑒𝑠𝑡 𝑑𝑒 𝑙𝑒𝑢𝑟 𝑑𝑖𝑟𝑒 𝑞𝑢’𝑖𝑙𝑠 𝑠𝑜𝑛𝑡 𝑎𝑡𝑡𝑎𝑞𝑢𝑒́𝑠, 𝑑𝑒́𝑛𝑜𝑛𝑐𝑒𝑟 𝑙𝑒𝑠 𝑝𝑎𝑐𝑖𝑓𝑖𝑠𝑡𝑒𝑠 𝑝𝑜𝑢𝑟𝑚𝑎𝑛𝑞𝑢𝑒 𝑑𝑒 𝑝𝑎𝑡𝑟𝑖𝑜𝑡𝑖𝑠𝑚𝑒 𝑒𝑡 𝑒𝑥𝑝𝑜𝑠𝑒𝑟 𝑙𝑒 𝑝𝑎𝑦𝑠 𝑎𝑢 𝑑𝑎𝑛𝑔𝑒𝑟. 𝐶𝑒𝑙𝑎 𝑓𝑜𝑛𝑐𝑡𝑖𝑜𝑛𝑛𝑒 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝑚𝑒̂𝑚𝑒𝑚𝑎𝑛𝑖𝑒̀𝑟𝑒 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑛’𝑖𝑚𝑝𝑜𝑟𝑡𝑒 𝑞𝑢𝑒𝑙 𝑝𝑎𝑦𝑠."
À l’approche de la présidentielle de 2025, Véh Kouassi Kan, alias VK, tente maladroitement de mettre en pratique cette vieille recette de Göring. Mais personne n’est dupe. La mayonnaise ne prend plus.
𝑽𝒊𝒆𝒖𝒙 𝒑𝒆̀𝒓𝒆, 𝒗𝒂 𝒍𝒐𝒊𝒏 𝒂𝒗𝒆𝒄 𝒕𝒐𝒏 𝒅𝒐̂𝒉𝒊 !
TOURE Moussa
