Frères et sœurs travailleurs,

Aujourd'hui, le monde célèbre la Fête du Travail. Moi, je veux célébrer les travailleurs, vous.

Je pense au chauffeur de gbaka d'Abobo, debout à quatre heures du matin, qui rentre le soir avec quelques billets qui ne couvrent plus ni le loyer, ni la popote, ni les fournitures scolaires de ses enfants. Je pense à toi, institutrice d'Odienné ou de Mankono, qui achètes la craie avec ton propre salaire parce que l'État a oublié de te livrer les fournitures. Je pense à toi, infirmier de Man, qui exerces dans un dispensaire sans médicaments, condamné à regarder la souffrance sans pouvoir la soulager. Je pense à toi, ouvrière de la Zone industrielle de Yopougon, debout dix heures par jour dans la chaleur d'une usine, pour un salaire qui fond avant la fin du mois, dans les transports et les factures d’eau et d'électricité. Je pense à toi, jeune diplômé d'Abidjan - bac+3, bac+5 - qui cherches un emploi depuis des années, qui envoies des CV sans aucune réponse, et qui finis par douter non plus du système, mais de ta propre valeur. Dans notre pays, même avoir un travail ne protège plus. Le travail n’est plus une promesse de dignité. Il est devenu une lutte pour ne pas tomber dans la précarité.

Pourtant ce pays n'est pas pauvre. Il est riche de son cacao, de son pétrole, de son anacarde, de la sueur de ses paysans et de l'intelligence de ses jeunes. La pauvreté que vous vivez n'est pas une fatalité. C'est un choix politique. Et ce choix de concentrer toutes les richesses nationales entre quelques mains, insulte votre dignité chaque jour.

Je suis en exil parce qu'on m'a empêché de fouler le sol de ma propre patrie. Mais mon cœur n'a jamais quitté Yopougon, Bouaké, Korhogo, San-Pédro, Ferké, Bouna. Et ma conviction est entière : les Ivoiriens méritent mieux. Ce pays mérite mieux. Je me tiens à vos côtés, vous qui tenez encore, vous qui ne renoncez pas, vous qui continuez d’espérer malgré tout.

En ce 1er mai, je vous demande de ne pas désespérer. Le désespoir est une arme de ce régime contre vous. Résistez-y. Un peuple qui refuse le désespoir est un peuple qui prépare sa victoire. L'histoire de la Côte d'Ivoire ne finit pas là.

Bonne fête. Et vive le peuple ivoirien au travail.

Guillaume Kigbafori Soro