Sur la situation post-électorale après la présidentielle du 25 octobre 2025

PRÉAMBULE

L’élection présidentielle du 25 octobre 2025 s’est tenue dans un contexte caractérisé par une crise de légitimité qui s’est imposée dès l’amont du scrutin, et s’est aggravée en violence institutionnelle à mesure que s’enchaînaient les opérations de vote. Le processus a abouti certes à la reconduction du président sortant, mais a profondément déchiré la Côte d’Ivoire, ôté tout crédit à l’institution électorale et ébranlé les partis politiques traditionnels jusque dans leurs fondements.

Pour GPS, la séquence post-électorale fut une tragi-comédie sanglante qui ne peut être comprise qu’à partir d’un exposé rigoureux des faits, auquel suivront une lecture politique de la situation post-électorale en Côte d’Ivoire et des suggestions sur ce que pourraient être les perspectives pour Générations et Peuples Solidaires.

I. DÉROULEMENT, PARTICIPATION ET LÉGITIMITÉ DU SCRUTIN présidentiel du 25 octobre 2025 :

Le 27 octobre 2025, la Commission électorale indépendante (CEI) publie les résultats provisoires du scrutin présidentiel. Les chiffres placent Alassane Ouattara largement en tête avec 89,77 % des suffrages exprimés, pour un taux de participation annoncé à environ 50 %. Le 4 novembre 2025, le Conseil constitutionnel confirme ces résultats et proclame la réélection du président sortant pour un quatrième mandat.

Mais derrière ce vernis de légalité institutionnelle, le scrutin du 25 octobre 2025 est vicié dès son origine. La compétition électorale avait déjà été vidée de sa substance par l’exclusion arbitraire ou l’invalidation administrative de trois des principales figures de l’opposition : Laurent Gbagbo, Guillaume Kigbafori Soro et Tidjane Thiam. Privé de toute véritable alternative politique, le scrutin n’a offert qu’une illusion de compétition, transformant l’élection en plébiscite programmé.

1. Un engouement populaire quasi inexistant

Dès les premières heures du vote, un constat s’impose : la faible mobilisation citoyenne. Dans de nombreuses localités, des bureaux de vote sont restés désertés pendant des heures. Des vidéos publiées par des journalistes, des blogueurs indépendants et des citoyens montrent des files d’attente inexistantes, des bureaux parfois vides, ou contenant seulement les membres de la CEI.

Des observateurs électoraux ont signalé :

  • Des bureaux ouverts, mais sans électeurs jusqu’en fin de matinée à Yopougon, Abobo, Bouaké et Daloa.
  • Des centres de vote où les urnes sont restées quasi intactes durant plusieurs heures.
  • Des zones où l’on a observé plus de forces de sécurité que d’électeurs.

Ce manque d’adhésion populaire contraste fortement avec le taux de participation « avoisinant 50 % » annoncé par la CEI.

2. Un scrutin marqué par les irrégularités et anomalies documentées

Avant même l’ouverture des bureaux de vote, le média en ligne abidjan.net publie en exclusivité des résultats, zone par zone, qui placent le candidat Alassane Ouattara en tête de l'élection avec 95,95% des suffrages exprimés !

La publication de chiffres fantaisistes par la CEI elle-même, en faveur du candidat Ouattara lors de la proclamation des résultats, suivie de corrections précipitées, a jeté une ombre supplémentaire sur la crédibilité du scrutin. En effet, le porte-parole de la CEI, Émile Ebrottié a, à plusieurs reprises, proclamé des résultats incohérents avant de venir les rectifier plus tard.

Ainsi :

  • A Kounahiri, sur 14 213 suffrages exprimés, le candidat Alassane Ouattara a obtenu 16 630 voix.
  • A Bouna, le nombre de voix décomptées (60 000) dépassait le nombre total d’électeurs inscrits (57 000).
  • Dans le Gbêkê, autre foyer d’anomalies, des résultats ont dû être corrigés après la publication initiale, notamment sur le taux de suffrages exprimés qui dépassaient les 100 %.

Présentées comme de simples « dysfonctionnements techniques », ces incohérences statistiques ont été corrigées sans publication intégrale des procès-verbaux rectifiés.

Ces anomalies ne sont pas des cas isolés. Elles s’ajoutent à une longue série de dysfonctionnements dénoncés tout au long de la journée :

  • vote par des personnes n’ayant jamais retiré leurs cartes d'électeurs mais ayant pourtant signé les listes d'émargement,
  • votes massifs « assistés » par des représentants du candidat du RHDP sous l'oeil passif des agents de la CEI,
  • absence de représentants des candidats de l’opposition dans près de 75% des bureaux de vote, empêchant la surveillance du scrutin,
  • présence excessive d’agents de sécurité autour des centres de vote, créant un climat de dissuasion.

II. LECTURE POLITIQUE DES CHIFFRES FABRIQUÉS DU SCRUTIN.

Le scrutin du 25 octobre 2025 a donné lieu à la publication de “résultats” par la CEI. Les chiffres publiés indiquent une disparité vertigineuse entre, d’un côté, un Nord présenté comme massivement mobilisé en faveur d’Alassane Ouattara, et de l’autre, un reste du territoire plongé dans une abstention d’une ampleur inédite, parfois proche du vide électoral. Mais il importe d’emblée de le préciser : ces chiffres ne peuvent en aucun cas être considérés comme le reflet du vote réel des Ivoiriens.

1.⁠ ⁠Pourquoi les chiffres de la CEI ne sont pas exploitables comme données électorales

La CEI, entièrement contrôlée par le pouvoir, n’est plus un organe indépendant mais une courroie de transmission du régime RHDP.

Les mécanismes de falsification sont connus :

  • dans les bureaux sans représentants de l’opposition, les urnes ont été massivement bourrées ;
  • près de 95 % du personnel opérationnel de la CEI est composé de relais du RHDP ;
  • les résultats au plan national ont été gonflés artificiellement, notamment les taux de participation, afin de présenter à l’étranger une façade de légitimité démocratique.

Dès lors, il est méthodologiquement et scientifiquement impossible de tirer des conclusions politiques ou sociologiques sérieuses d’une base de données trafiquée.

2.⁠ ⁠Ce que ces chiffres permettent réellement de comprendre

Si ces chiffres ne reflètent pas la volonté du peuple ivoirien, ils reflètent en revanche la volonté de celui qui les a fabriqués. Ces “résultats” truqués constituent un discours politique en eux-mêmes, un message indirect, une projection idéologique.

Ils révèlent – malgré eux – le projet de pouvoir d’Alassane Ouattara, son imaginaire politique, sa stratégie et son rapport à la Nation.

3.⁠ ⁠Lire les chiffres falsifiés, c’est lire la psychologie politique du régime

En analysant cette mise en scène statistique, plusieurs éléments apparaissent clairement :

a) La volonté d’imposer une Côte d’Ivoire fracturée

Les chiffres mettent en scène un pays coupé en deux :

  • un Nord unanimement acquis à Ouattara (avec des taux extravagants supérieurs à 90 %),
  • et un Sud–Centre–Ouest plongé dans une abstention massive, avec des taux d’abstention frôlant les 70%, présentée comme une démobilisation totale.

Cette représentation ne correspond à aucune réalité sociopolitique crédible : elle correspond à la stratégie du pouvoir, qui consiste à imposer dans les esprits l’idée d’une division identitaire irréversible.

b) La construction artificielle du « Nord bastion imprenable »

Les taux de participation et de suffrages attribués au Nord relèvent moins du vote que de la narration politique.

Ouattara cherche à :

  • se présenter comme le leader exclusif des populations du Nord,
  • ériger ce bloc régional comme son socle de légitimité inattaquable,
  • et opposer cette mobilisation fictive à la prétendue démobilisation du reste du pays.

Ce discours statistique vise à sacraliser un rapport de force identitaire.

c) La mise en scène volontaire d’un pays divisé entre “fidèles” et “défiants”

Les chiffres montrent ce que Ouattara veut faire croire, pas ce que les Ivoiriens ont réellement exprimé :

  • un Nord totalement fidèle,
  • un Sud–Centre–Ouest totalement désabusé.

Cette dichotomie grossière ne traduit pas une réalité électorale, mais une stratégie de pouvoir fondée sur la fracture, la tension territoriale et la manipulation identitaire.

4.⁠ ⁠Ce que disent vraiment ces chiffres : non pas le vote, mais la doctrine ouattarienne

L’on ne doit donc pas analyser ces données comme des résultats électoraux, mais comme une mise en scène du régime.

Ces chiffres :

  • ne disent pas comment les Ivoiriens ont voté, mais disent plutôt comment Ouattara veut que le pays soit perçu,
  • construisent une géographie politique fictive destinée à légitimer son pouvoir,
  • servent de support à une stratégie ancienne : régner en entretenant la division territoriale et identitaire.

C’est en cela que ces résultats, bien que faux, sont révélateurs :

  • ils dévoilent la matrice idéologique du régime.
  • Ils montrent le besoin du pouvoir de fragmenter la Nation pour survivre politiquement.
  • Ils révèlent la peur d’un pays uni qui remettrait en cause son autorité.

Conclusion : il ne s’agit pas d’un vote, mais d’un message politique

En définitive, ces chiffres fabriqués n’ont aucune valeur scientifique ni électorale. Mais leur portée politique, elle, est considérable. Ils agissent comme le miroir du subconscient du régime Ouattara : ils révèlent sa stratégie, exposent sa manière d’appréhender le rapport de force national et montrent une conception du pouvoir fondée sur la fracture, l’opposition des territoires et la manipulation des appartenances.